En ce samedi matin, nous sommes une douzaine et chassons les sangliers dans un bois que j'affectionne particulièrement car j'ai plusieurs possibilités pour me placer avec mon recurve sur des coulées bien connues. Les chiens lèvent quelques chevreuils, un renard, mais malheureusement pour moi, aucun ne passe sur la coulée que je guette. Il est maintenant 11h20 et visiblement les sangliers ne sont pas présents, les chiens partent sur un lièvre et soudain tout s'accélère. Sitôt l'annonce du lièvre faite, deux coups de carabine, deux coups de fusils, les sangliers sont finalement bien là. Le fameux "Alaouuu!!!" est hurlé plusieurs fois, puis deux autres coups de carabine. Je guette ma coulée mais ils prennent le vent et c'est râpé pour moi... Il y avait six sangliers, deux ont été tués et un autre est blessé. Quelques chiens partent dessus sur un petit kilomètre à travers la plaine et le bois. Le sanglier blessé n'a pas accusé le coup au fusil mais nous trouvons du sang de manière régulière et deux morceaux d'os à 150 mètres d'écart. Il est maintenant midi passé, certains sont déjà chez eux et visiblement se satisfont de ce résultat. Ils ont pour idée de faire une traque l'après midi dans le bois où le sanglier blessé est rentré, au cas ou... S'il y est c'est bien, sinon, tant pis... Nous décidons donc avec deux autres chasseurs de prévenir un conducteur de chien de sang, Frédéric Charpentier, qui était déjà venu deux fois chez nous. Rendez vous est pris à 14h00 (belle disponibilité), nous nous rendons avec le tireur sur les lieux, il prend les renseignement concernant le type d'arme, de munition, la distance de tir, la position du sanglier lors du tir, sa réaction, regarde les morceaux d'os... Après cette collecte d'informations, il suppose qu'il s'agit d'une blessure à une patte.

Il est maintenant 14h30, et la recherche commence, soit trois heures après le tir. Je suis donc Frédéric et son teckel, Ubu, avec mon fusil. Au cas ou nous retrouvions le sanglier, il pourrait nous être utile. Ubu prend de suite la piste du sanglier blessé, qui est accompagné à ce moment d'un autre qui n'a pas été tiré. Nous nous engageons dans le bois et Ubu tire toujours autant sur la longe... Sans aucune hésitation, il avance sûrement dans le bois, avec des passages très encombrés, des arbres couchés, des ronces, nous devons le suivre par moment à quatre pattes et il sort finalement du bois, inutile de préciser qu'il est toujours sur le pied des deux sangliers. Et c'est reparti de plus belle à travers la plaine, un champ de colza, un blé...toujours du sang et, une bonne nouvelle pour nous, le sanglier blessé s'est enfin séparé de l'autre. Ubu continue toujours avec autant d'assurance, nous approchons d'un bois de sapins mais le sanglier le longe seulement et la poursuite à travers la plaine continue, nous passons un petit ru, encore un colza et pour la première fois depuis le début de la recherche, Ubu n'a plus la truffe sur le pied mais en l'air, il est 15h40. Nous sommes toujours dans le colza, à une vingtaine de mètres d'un pré dont la clôture est envahie par les épines noires, les ronces, avec toujours ce petit ru.

Frédéric connaît bien le travail de son chien et est affirmatif, le sanglier est tout près de nous, dans ces épines au milieu de la plaine. Nous nous mettons donc chacun d'un côté de cette épine qui est toute en longueur et suivons tous les deux le travail du teckel au même niveau dans un souci de sécurité. Ubu remue bien dans ces épines, de plus en plus vite et tout s'emballe très vite. Ses deux ou trois coups de voix font gicler le sanglier de l'épine et je le vois me foncer dessus, eh oui, il me charge!!!  Frédéric est de l'autre côté de l'épine, face à moi, et je ne peux donc pas le tirer à ce moment. Il court vite et quand il arrive à environ un mètre de moi, je fais un saut sur le côté pour l'éviter, j'ai eu chaud... Une fois passé de l'autre côté de moi, je lâche une brenneke,  loupé (on va mettre ça sur le compte de l'émotion lol), mais la deuxième est dans les reins et le sèche net, nous le piquons avec ma dague afin qu'il ne risque pas de blesser Ubu, et bien évidemment d'abréger enfin ses souffrances. Ouffff, que d'émotions. Nous nous félicitons mutuellement pour cette recherche aboutie qui a duré près d'une heure et demie sans aucun arrêt, le chien n'a jamais été en défaut et nous estimons la distance parcourue avec cette blessure de trois à quatre kilomètres. Nous lui rendons les honneurs, et, il est effectivement blessé à la patte arrière gauche...

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Frédéric, Ubu et moi même à la fin de la recherche.

Nous ramenons donc ce sanglier aux autres chasseurs, surpris de voir que la réussite est bien là, mais satisfaits (j'espère...) de ce dénouement. Il accuse 74 kg sur la balance et mérite bien quelques verres de chablis... (avec modération).

Petit coup de gueule maintenant: malgré la prolifération importante des sangliers, Frédéric n'a effectué que sept sorties cette saison. Les tireurs seraient-ils meilleurs? Il ne blessent plus mais loupent ou tuent systématiquement??? Malheureusement, ce n'est bien évidemment pas le cas. Nombreux sont ceux à préférer tirer un autre animal plus tard, plutôt que "perdre du temps" à chercher un hypothétique animal... Et ça se dit chasseur, c'est comme rendre les honneurs, la dernière bouchée à l'animal prélevé, celà me semble être le minimun, mais c'est égalemment exceptionnel...A vous de méditer...

Après ce coup de gueule, un coup de coeur bien évidemment à cette passion de Frédéric pour la recherche des animaux blessés. Les conseils à donner sont déjà de relever tous ces tirs après la fin de la chasse, si l'animal saigne, baliser à l'aide de papier WC ou autre l'Anschuss (l'endroit ou se trouve l'animal au moment du tir), la direction de la fuite ne pas mettre de chien sur la piste pour commencer à suivre, marcher un minimun autour, une cinquantaine de mètres au maximun (sous bois), et laisser les indices sur place: morceaux d'os... Ce n'est pas parce que l'animal ne saigne quasiment pas qu'il n'est pas gravement blessé et inversemment, alors prenez le réflexe de téléphoner à un conducteur de chien de sang au plus vite. Les conducteurs de l'Union Nationale pour l'Utilisation du Chien de Rouge (UNUCR) ont pour devise "jusqu'au bout", ce qui veut tout dire. Ils sont marqués sur le volet annuel qui accompagne le permis de chasse et tous les chasseurs le possèdent donc.

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La blessure à la patte arrière gauche.

Ce petit récit est peut être un peu long mais tellement passionnant quand on le vit, en plus avec la réussite au bout, qu'il me paraît nécessaire ainsi. Encore un immense merci à Frédéric et son chien Ubu pour cette après midi passionnante qui a permis d'éviter à ce sanglier d'atroces souffrances.